PRINCIPE DE LA TELEGRAPHIE PAR LE SOL (T.P.S.)

La télégraphie par le sol a été utilisée pendant la guerre de 1914/18 pour établir des liaisons à courte distance (portée 3 km environ). Elle évitait l'utilisation d'une ligne téléphonique sujette aux coupures lors des bombardements.

Le principe est relativement simple. L'émetteur injecte dans le sol, entre 2 piquets métalliques (prises de terre) distants d'une centaine de mètres, un "courant vibré" commandé par le manipulateur de signaux Morse.

Le "parleur" ou "vibrateur" qui délivre le courant vibré est analogue à un mécanisme de sonnerie, muni d'un enroulement secondaire pour élever la tension.

La réception s'effectue entre deux piquets métallique fichés dans le sol, distants d'une centaine de mètre.
Le signal capté entre ces piquets est extrèmement faible et doit être amplifié avant d'être applique au casque d'écoute (amplificateur à 3 lampes).

Les documents reproduits dans cette page sont extraits du cours d'officiers-élèves de l' ECOLE SPECIALE MILITAIRE (1919)


FONCTIONNEMENT ET REGLES DE SERVICE
(Extrait du cours d'officiers-élèves de l' ECOLE SPECIALE MILITAIRE - 1919)

 PARAGRAPHE 13

Avantages particuliers de la T.P.S.

 L'installation de T.P.S. peut être entièrement souterraine.
L'avantage primordial de la liaison at T.P.S., celui qui lui assure un rang très particulier parmis les autres liaisons électriques, c'est que, dans certains cas favorables, elle se joue complètement de l'intensité du bombardement et de la bataille.

En effet, la seule condition à réaliser pour établir une liaison T.P.S. c'est la mise en contact des deux fils ou prises de terre avec le sol en deux points distants de 40-50 à 100-150 m environ à chaque poste. Peu importe que ce contact ait lieu à la surface ou en profondeur du sol. Par conséquent les appareils peuvent être mis à l'abris dans un souterrain, les fils peuvent être enterrés, ainsi que les prises de terre. Rien ne s'oppose à ce que l'on puisse réaliser une liaison par T.P.S. entre deux galeries de mines situées à quelques centaine de mètre de profondeur chacune, si leur distance n'exède pas 3 kilomètres et si, bien entendu, la conductibilité électrique du sol s'y prète. On a réalisé en pratique, sur le Front occidental français, des installations de T.P.S. entièrement souterraines. Les appareils étaient disposés dans des abris profonds, dix à douzes mètres sous le sol, par exemple; quant aux deux fils, au lieu de déboucher à découvert ou sur le fond du boyau de la tranchée, ils étaient couchés au fond d'une étroite saignée de 0m40 - 0m50 de large et de 2m de profondeur, creusée pour la circonstance, depuis l'orifice de l'abri jusqu'au deux fosses au fond desquelles, on disposait les prises de terre. Les saignées et les fosses étaient ensuite comblées, et, aucun point de l'installation de T.P.S. n'arrivant plus haut que deux mètres sous la surface, les bombardements les plus violents n'avaient absolument aucun effet sur elle.

Cas les plus favorables : Secteurs calmes.
Mais cette perfection de l'installation n'est atteinte que dans les secteurs tranquilles, ou l'on dispose du temps et de la main d'oeuvre nécessaire à l'accomplissement des travaux de terrassement. Dans ces cas très favorables la T.P.S. réalise une liaison invulnérable. Si elle ne sert point quand le secteur est tranquille, elle rendra des services lorsque ce dernier deviendra agité et que les autres liaisons seront devenues précaires.

La T.P.S. en période très active
Dans les cas les moins favorables on arrive cependant à mettre les appareils à l'abri. On déroule les fils au fond d'une tranchée et on diminue autant que possible leur longueur, pour diminuer leur vulnérabilité. Le passage fréquent des corvées, le piétinement, abiment le fil, à la longue, mais comme il est plus résistant que le fil téléphonique il est rarement coupé par autre chose qu'un éclat ou une explosion. Si dans ce cas une portion dénudée du fil restant accroché à l'appareil se trouve en contact avec le sol, la liaison subsiste, quoique précaire. Mais on peut toujours exiger d'un T.P.S.iste l'entretien de 50 à 60 m. de fil même pendant un bombardement violent, alors que, dans le même cas, la tâche du téléphoniste à la recherche d'une coupure de son faible câble, sur une longueur de 500 à 1000 mètres de boyaux retournés et éboulés, est vouée à l'insuccès.

La T.P.S. en guerre de mouvement.
La guerre de mouvement offre trop d'alternatives d'avance et de recul pour que la T.P.S. , comme le téléphone, qui exigent un certain temps pour la pose et le repliement, soient utilisés systématiquement avec profit. Pour se déplacer, les T.P.S.istes, dès qu'ils en reçoivent l'ordre, doivent replier avec soin leurs fils, retirer du sol les piquets de terre, et transporter ce matériel, avec les accumulateurs, les appareils et le matériel de rechange, et en plus leur équipement personnel, jusqu'au nouveau point où s'arrète l'échelon de commandement (Bataillon, Régiment) auquel ils sont affectés. Or, il n'y a guère que deux T.P.S.istes par postes. Sans entrer dans le détail des innombrables cas accidentels qui peuvent se présenter, on conçoit quà ce moment la T.P.S. ne se trouve presque jamais utilisable.

PARAGRAPHE 14

Inconvenients de la T.P.S.

Du reste, les inconvénients de la T.P.S. sont si nombreux , en dehors de celui qui résulte de l'incommodité de déplacement rapide des postes que même dans le cas où on l'utilise avec le meilleur résultat, c'est à dire dans le cas de la guerre de stabilisation son rendement est excessivement faible et réduit son rôle à un jeu très spécial. On peut caractériser ce rôle par une expression qui le met en relief : "La T.P.S. est une Liaison de secours". Examinons ces inconvénients.

1° - Le secret des transmissions n'est pas assuré.
En effet, puisque tout se passe en T.P.S. comme si le sol diffusait les courants émis par le poste émetteur, jusqu'au poste de réception où on amplifie la faible portion de courants captée, il s'ensuit que cette diffusion a lieu dans toutes lers directions et par conséquent, dans la direction de l'ennemi. Comme souvent ce dernier est plus rapproché du poste émetteur (P.C. Bataillon) que le poste récepteur français lui même (P.C. Régiment) il s'ensuit que l'ennemi peut surprendre nos communications de T.P.S. soit en disposant dans le voisinage de sa 1èere ligne des postes de réception munis d'amplificateurs, soit en faisant usage, dans la même région, de postes d'écoute spéciaux.
Cet inconvénient est inévitable. Aussi l'emploi du code chiffré s'impose pour la confection des messages. Chaque chef de poste T.P.S. est donc muuni d'un code chiffré, édité par l'E.M. d'Armée, et qu'il remet à l'officier qui doit éventuellement utiliser la T.P.S.
Comme on le verra tout à l'heure, la T.P.S. ayant à fonctionner surtout dans les cas d'urgence, la nécessité de se servir d'un code, forcément réduit et incomplet, et avec le maniement duquel on est rarement familiarisé, diminue les chances de clarté du texte, de facilité de transmission, et augmente les chances d'erreur et les retards. Nous verrons du reste comment la pratique a sanctionné l'usage du code.

2° - Influence fâcheuse.
1°) des lignes d'éclairage ou d'électrification à courant alternatif, sur la liaison T.P.S.
2°) de la T.P.S. sur les lignes téléphoniques.

Dans un secteur de stabilisation bien agenc", on trouve, en les classant par ordre d'intensité décroissante, les lignes de courant électriques suivantes :
a) des lignes d'éclairage (service d'éclairage des abris, P.C., etc..) et des lignes d'electrification (électrification de réseaux de fils de fer, usages divers), parcourues parfois par du courant alternatif.
b) les fils et les portions de sol parcourues par le courant vibré de la T.P.S.
c) les fils du téléphone, et dans le cas du retour par piquets de terre et sol (lignes à 1 fil et retour par la terre) les portions de sol parcourues par du courant téléphonique.
.... Aussi arrive-t-il que le poste récepteur de T.P.S. constate que la réception des signaux de son correspondant est couverte par le ronronnement du à l'existence des lignes d'éclairage ou d'électrification. Il arrive aussi que les téléphonistes constatent que la parole est complètement couverte par le son du transmetteur de T.P.S. .....

 

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